Ce qu’il faut retenir
Météo-France La Réunion annonce une saison cyclonique 2026-2027 plutôt calme dans le sud-ouest de l’océan Indien : 70 % de probabilité d’une activité sous la normale, 6 à 10 tempêtes dont 3 à 5 cyclones. La cause : un El Niño très fort. Mais le risque reste proche de la normale pour La Réunion, Maurice et Rodrigues.
Les chiffres de la tendance, le paradoxe d’un océan très chaud qui fabriquerait moins de cyclones, puis ce que le changement de trajectoires veut dire pour chaque île.
Six à dix tempêtes attendues, Agueda comprise
Le bulletin de tendance publié le 28 octobre 2026 par le service météo de l’île donne trois probabilités : 70 % pour une saison sous la normale, 20 % pour une saison normale, 10 % seulement pour une saison plus active. Le scénario retenu compte 6 à 10 tempêtes, dont 3 à 5 deviendraient des cyclones tropicaux.
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Une saison moyenne en compte 10, dont 5 cyclones : même le haut de la fourchette ne ferait que rejoindre la moyenne. La tempête Agueda, suivie au nord de Madagascar du 20 au 24 octobre, est déjà comptée. Il en resterait 5 à 9.
L’Organisation météorologique mondiale, coorganisatrice du forum régional où ces chiffres ont été présentés, les a relayés le 5 novembre.
Un océan brûlant, mais moins de cyclones : le paradoxe d’El Niño
Comment un océan aussi chaud peut-il annoncer moins de cyclones ? L’El Niño en cours serait potentiellement plus fort que ceux de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. Dans le Pacifique, il a déjà signé un record mensuel en octobre.
Côté océan Indien, la mer est particulièrement chaude près de l’équateur, dans la moitié ouest du bassin : du carburant en abondance. Le moteur, lui, tousse.
La zone de convergence intertropicale est la ceinture d’orages où se rencontrent les vents des deux hémisphères. Bien installée, elle favorise la naissance des tempêtes du bassin. Cette saison, la mousson venue du nord et les alizés du sud devraient mal s’y rejoindre.
Moins de convergence, donc moins de départs. Et là où les systèmes atteignent d’habitude leur maximum, le cisaillement, cet écart de vent entre le bas et le haut de l’atmosphère, serait plus fort que d’habitude. Il peut décapiter un cyclone au moment même où il atteindrait son pic.
L’effet dépend de la force d’El Niño : un épisode faible peut doper la saison, un épisode modéré à fort la freine en général. S’y ajoute un phénomène propre à la région, le Dipôle subtropical de l’océan Indien, installé dans sa phase négative.
Moins de longues routes vers l’ouest, plus de descentes vers le sud
Le second changement tient aux trajectoires. Avec un anticyclone des Mascareignes moins marqué que d’habitude, le contexte est « beaucoup moins favorable » aux longues routes vers l’ouest, comme celles de Chido, Dikeledi et Gezani lors des deux dernières saisons.
Chido, en décembre 2024, a été suivi sur plus de 6 000 km à vol d’oiseau entre son premier et son dernier point, près de deux fois et demie la distance de Paris à Moscou.
Cette saison, les cyclones devraient plutôt descendre assez vite vers le sud ou le sud-est, voire filer un temps vers l’est. L’activité serait un peu plus soutenue au nord et au nord-est des Mascareignes.
D’où une carte des risques inégale : atténuée pour Madagascar et le Mozambique, proche de la normale pour Rodrigues, Maurice et La Réunion. À 21° de latitude sud, juste au nord du tropique du Capricorne, l’île ne voit donc pas son risque baisser.
Pluie normale jusqu’en janvier, plus abondante ensuite
Pour la pluie, l’OMM annonce des cumuls proches de la normale aux Mascareignes de novembre à janvier, puis au-dessus de la normale de février à avril 2027. Sur une île, prévient-elle, un seul cyclone peut peser lourd dans le cumul d’une saison.
La tendance ne cite pas Mayotte à part, ni pour les cyclones ni pour la pluie. Dans le canal du Mozambique, l’OMM attend des cumuls au-dessus de la normale aux Comores et dans le nord de Madagascar de novembre à janvier.
Se préparer comme chaque année
Une saison calme sur le papier ne protège personne. Le service météo rappelle qu’« il suffit d’un seul système » pour un impact catastrophique en un lieu donné, et demande de prendre dès maintenant les précautions habituelles de début de saison.
Ses bulletins et les consignes de la préfecture restent les références quand un système approche.
Sources
- Météo-France La Réunion, « Tendance saisonnière d’activité cyclonique dans le Sud-Ouest de l’océan Indien : Saison 2026-2027 », 28 octobre 2026
- Organisation météorologique mondiale, « El Niño favours quieter South-West Indian Ocean cyclone season », 5 novembre 2026
- NOAA NCEI, IBTrACS v04r01, trajectoires de Chido, Dikeledi, Gezani et Agueda, données du 6 novembre 2026
- Image de couverture : le cyclone Belal près de La Réunion, vu par l’instrument MODIS du satellite Aqua le 14 janvier 2024, NASA, domaine public ; carte : geogir.fr, trajectoires NOAA IBTrACS, fond Natural Earth
