Ce qu’il faut retenir
Le Gulf Stream est un courant marin chaud de surface qui sort du golfe du Mexique et file vers l’Atlantique Nord, jusqu’à 9 km/h. Poussé par les vents, il s’est même renforcé depuis 2014. Ce qui ralentit, c’est la grande circulation de retournement de l’Atlantique, l’AMOC, dont il n’est qu’une partie.
En 2026, deux titres ont semblé se contredire : en avril, « le Gulf Stream s’affaiblit plus vite que prévu » ; en septembre, une étude satellitaire annonçait son intensification. Les deux disent vrai, parce qu’ils ne parlent pas du même courant.
Le Gulf Stream, un fleuve dans l’océan
Le courant tire son nom anglais du golfe du Mexique, d’où il sort par le détroit de Floride. Il remonte ensuite la côte est des États-Unis jusqu’au cap Hatteras, puis s’en détache vers l’est en formant des méandres et des tourbillons à travers l’Atlantique Nord.
Au large de la Floride, il forme un véritable fleuve marin de 30 à 150 km de large et de 300 à 1 200 m de profondeur.
Selon l’agence océanique américaine, la NOAA, il avance en moyenne à 6,4 km/h, jusqu’à 9 km/h en surface, puis ralentit vers 1,6 km/h en s’élargissant vers le nord. Il transporte plus d’eau que tous les fleuves du monde réunis.
Gulf Stream et AMOC, deux choses différentes
Le Gulf Stream est un courant de surface, entraîné par les vents et orienté par la rotation de la Terre. L’AMOC, la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, est une boucle bien plus vaste : les eaux chaudes et salées montent vers le nord, se refroidissent, deviennent plus lourdes, plongent en profondeur près du Groenland et repartent vers le sud.
Le Gulf Stream en forme une portion, mais pas le moteur.
| Gulf Stream | AMOC | |
|---|---|---|
| Ce que c’est | Un courant chaud de surface | Une boucle de circulation, de la surface aux profondeurs |
| Ce qui le pousse | Surtout les vents et la rotation de la Terre | La plongée d’eaux froides et salées dans l’Atlantique Nord |
| Où il se trouve | Du détroit de Floride au cap Hatteras, puis vers l’est à travers l’Atlantique Nord | Tout l’Atlantique, suivie jusque dans l’Atlantique Sud |
| Tendance récente | Plus fort depuis 2014 | En ralentissement attendu au XXIe siècle |
Ce qui s’intensifie et ce qui ralentit
Le Gulf Stream d’abord. Une étude publiée en août 2026 dans Geophysical Research Letters, fondée sur 31 ans de mesures par satellite (1993-2023), montre qu’il s’est nettement renforcé à partir de 2014, après une période plus faible entre 2005 et 2014. Il s’est aussi déplacé vers le nord et fait moins de méandres. En cause : un changement des vents au-dessus de l’Atlantique.
L’AMOC ensuite. Le GIEC jugeait en 2021 « très probable » son affaiblissement au cours du XXIe siècle, quel que soit le scénario d’émissions.
En avril 2026, une étude parue dans Science Advances, en corrigeant les modèles par les observations, estime qu’elle pourrait perdre 51 % de sa force d’ici 2100 dans un scénario d’émissions modérées, contre 32 % en moyenne dans les modèles. Le titre d’avril sur le « Gulf Stream » parlait donc de l’AMOC.
Le « radiateur de l’Europe », une idée à nuancer
On répète que le Gulf Stream chauffe l’Europe. Vrai, mais en partie seulement.
En 2002, le climatologue Richard Seager a montré par des modèles que l’écart de températures d’hiver entre l’est de l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest tient surtout aux vents d’ouest dominants, qui apportent sur l’Europe un air océanique doux. La Norvège fait exception : là, l’effet de l’océan compte davantage. La plupart des études menées depuis vont dans ce sens.
Cela ne veut pas dire que l’océan ne joue aucun rôle : un fort ralentissement de l’AMOC modifierait le climat européen, sans provoquer pour autant une chute brutale et générale des températures.
Ce que changerait un effondrement de l’AMOC
Le même rapport du groupe d’experts estime, avec une confiance moyenne, que l’AMOC ne s’effondrera pas brutalement avant 2100. Si cela arrivait, les conséquences seraient très probablement fortes : déplacement vers le sud de la ceinture de pluies tropicales, affaiblissement des moussons d’Afrique et d’Asie, renforcement de celles de l’hémisphère sud et assèchement en Europe.
Un courant connu depuis 1513
Le navigateur espagnol Juan Ponce de León le remarque dès 1513, lorsque ses navires, au large de la Floride, sont emportés par un courant d’eau chaude.
Un postier l’a fait cartographier. En 1770, Benjamin Franklin, alors chargé des postes américaines, fait dresser une carte détaillée du Gulf Stream pour raccourcir l’acheminement du courrier vers la Grande-Bretagne.
Lire un titre sur le Gulf Stream
Face à un titre alarmant, posez-vous une question : parle-t-il du Gulf Stream lui-même ou de la circulation de retournement de l’Atlantique ? Dans la plupart des cas, l’inquiétude des scientifiques porte sur l’AMOC. Le Gulf Stream, lui, varie avec les vents, et ses fluctuations d’une décennie à l’autre ne disent pas à elles seules où va l’AMOC.
Sources
- GIEC, sixième rapport, groupe I, Résumé pour décideurs, 2021, paragraphe C.3.4
- NOAA, National Ocean Service, « How fast is the Gulf Stream? »
- Portmann, Swingedouw et al., Science Advances, 17 avril 2026 ; Dong et al., Geophysical Research Letters, 14 août 2026
- Wikipédia, notices « Gulf Stream » et « Circulation thermohaline »
- Carte : schéma dessiné par Geogir à partir du fond Natural Earth
- Photo de couverture : le détroit de Floride, par où le Gulf Stream sort du golfe du Mexique, vu par le satellite Terra (MODIS), 25 janvier 2022, NASA, domaine public (Wikimedia Commons)

