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    Actualité 04/11/2026

    Île de Baffin : la calotte de Barnes regrossissait depuis des siècles quand le réchauffement l’a arrêtée

    Des mousses tuées par la glace montrent que la calotte de Barnes, au Canada, grossissait avant 1960. Début d’une glaciation interrompue ? Les données.

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    Île de Baffin : la calotte de Barnes regrossissait depuis des siècles quand le réchauffement l'a arrêtée
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    Ce qu’il faut retenir

    La calotte de Barnes, sur l’île de Baffin, dernier reste du grand inlandsis qui couvrait le Canada, regrossissait depuis au moins mille ans, peut-être deux mille, avant de reculer dès les années 1960, montre une étude parue dans Science le 22 octobre 2026. Ses auteurs y voient le début d’une période glaciaire, stoppée par le réchauffement.

    Ce que l’étude a trouvé, comment des mousses mortes l’ont prouvé, ce que veut dire « ère glaciaire », puis la calotte elle-même.

    Une calotte qui avançait encore avant 1960

    L’inlandsis laurentidien, qui couvrait une grande partie du Canada et du nord des États-Unis jusqu’à il y a environ 20 000 ans, n’a jamais tout à fait disparu. Son dernier morceau, la calotte de Barnes, aurait atteint sa plus petite taille il y a environ 3 000 ans, puis recommencé à grossir vers 2 000 ans avant notre époque, d’après l’université Columbia.

    Graphique de l'âge radiocarbone de 16 mousses mortes au bord de la calotte de Barnes selon leur distance à la limite de la glace en 1960 : environ 400 ans près de cette limite, 800 à 1 055 ans près du bord actuel

    Le communiqué de l’université du Colorado, partenaire de l’étude, parle d’une croissance d’« au moins 1 000 ans » pour la calotte elle-même. Les deux s’accordent sur la fin : une extension maximale vers 1960, puis un recul.

    Des mousses tuées par une glace qui ne glisse pas

    Comment dater l’avancée d’un glacier qui efface d’ordinaire ses propres traces ? La calotte de Barnes est gelée directement sur sa roche. Elle ne glisse pas : les mousses qu’elle a recouvertes sont restées intactes, jusqu’à ce que la glace recule.

    Le carbone 14 donne l’année de leur mort, donc le moment où la glace est passée sur elles. L’équipe a publié en libre accès 87 âges, mesurés sur des plantes prélevées en 2022 : de 80 à 1 055 ans radiocarbone, une mesure brute, non corrigée, comptée avant 1950.

    Le graphique ci-dessus montre le transect le plus parlant. Près de la limite atteinte en 1960, les mousses ont environ 400 ans. Plus près du bord actuel, elles en ont 900 à 1 000. La glace a donc gagné quelques centaines de mètres en plusieurs siècles. Ailleurs, comme pour la glace de Guliya, au Tibet, on date la glace ; ici, on date ce qu’elle a tué.

    Âge glaciaire ou période glaciaire ?

    Bon à savoir

    Au sens strict, la Terre est toujours dans un âge glaciaire, commencé il y a environ 34 millions d’années. Il alterne des périodes glaciaires, froides, et des interglaciaires, plus doux. La dernière période glaciaire s’est achevée il y a environ 11 700 ans. Ce qu’on appelle « la prochaine ère glaciaire » est la prochaine période glaciaire.

    Les études fondées sur des modèles la plaçaient dans des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Les auteurs proposent une autre règle : compter le début dès que les restes d’un inlandsis recommencent à grossir. Il aurait ensuite fallu environ 30 000 ans pour que la glace recouvre à nouveau le continent.

    Barnes, dernier morceau de l’inlandsis laurentidien

    La calotte s’étend sur environ 5 700 km² au centre de l’île de Baffin, au Nunavut, soit les deux tiers de la Corse, avec jusqu’à 730 m de glace, selon la NASA. Elle s’est amincie d’environ un mètre par an de 2000 à 2020. En 2026, sa neige avait presque disparu dès la mi-juillet, le plus tôt jamais vu selon le glaciologue Mauri Pelto.

    Les premières études, dans les années 1950 et 1960, l’avaient décrite comme stable. Elle l’était, un court moment, selon l’équipe : la baisse de l’ensoleillement d’été et la hausse des gaz à effet de serre s’équilibraient. « Une fausse conclusion bâtie sur de bonnes données », résume Gifford Miller, de l’université du Colorado. Selon des modèles, elle aura fondu d’ici quelques siècles.

    Ce que l’étude dit, et ce qu’elle ne dit pas

    Les mesures montrent une calotte qui avançait, puis qui recule depuis les années 1960. Appeler ce regain le début d’une glaciation reste une proposition des auteurs : une calotte de quelques milliers de kilomètres carrés n’est pas encore un inlandsis.

    Et la date de la prochaine période glaciaire, avec des gaz à effet de serre aussi abondants ? Le communiqué de Columbia le dit lui-même : personne ne peut la donner.

    Sources

    • Columbia Climate School, « Climate change stopped the next ice age », communiqué du 22 octobre 2026
    • Miller, Young et al., « Radiocarbon ages of entombed vegetation around the Barnes Ice Cap, Baffin Island, Nunavut, Canada », NSF Arctic Data Center, 2026
    • NASA Earth Observatory, « A Bare Summer for Barnes Ice Cap », 3 août 2026
    • Young et al., « Late Holocene reexpansion of the Laurentide Ice Sheet », Science, 22 octobre 2026 ; INSTAAR, université du Colorado à Boulder, communiqué du 22 octobre 2026
    • Image de couverture : la calotte de Barnes vue par satellite le 4 septembre 2010, NASA Earth Observatory, Jesse Allen et Robert Simmon, domaine public ; graphique : geogir.fr, d’après le jeu de données NSF Arctic Data Center

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