Ce qu’il faut retenir
Le drapeau de l’Islande est bleu ciel, barré d’une croix blanche qui en porte une rouge, décalée vers la hampe comme toutes les croix nordiques. Le bleu évoque les montagnes et la mer, le blanc la glace, le rouge le feu des volcans. Adopté en 1915, il est celui de la république depuis le 17 juin 1944.
Voici sa description exacte, le sens de ses couleurs, son histoire de 1897 à 1944, les règles très strictes qui l’entourent et les drapeaux avec lesquels on le confond.
À quoi ressemble le drapeau islandais
Sa description tient dans l’article 1 de la loi n° 34 du 17 juin 1944, votée le jour même où l’Islande est devenue une république. Le drapeau est « bleu ciel », avec une croix « blanc neige » et, à l’intérieur, une croix « rouge feu ». Les bras des croix vont jusqu’aux bords.
Tout se calcule en unités. Sur la longueur, on compte 7 unités de bleu, 1 de blanc, 2 de rouge, 1 de blanc, puis 14 de bleu ; sur la hauteur, 7, 1, 2, 1 et 7. Les cases bleues côté hampe sont donc des carrés, celles côté vent deux fois plus longues. Le drapeau mesure 18 unités de haut pour 25 de long.

Un drapeau de 150 cm de long doit mesurer 108 cm de haut
Ce rapport de 18 à 25 ne ressemble à aucun format courant. Les boutiques de drapeaux vendent surtout du 100 × 150 cm ou du 90 × 150 cm : dans les deux cas, le drapeau est trop bas.
Prenons un drapeau de 150 cm de long. Au format officiel, il doit mesurer 150 × 18 ÷ 25 = 108 cm de haut. Le format 90 × 150 du commerce est donc 17 % trop bas, le 100 × 150 l’est de 7 %.
En Islande, l’article 9 de la loi interdit de vendre ou de louer un drapeau aux mauvaises proportions.
Le même piège guette d’autres pays : le drapeau de la Libye, vendu lui aussi en 90 × 150 cm, devrait être deux fois plus long que haut.
Ce que disent ses couleurs
Les trois couleurs racontent le paysage de l’île. Le bleu est celui des montagnes vues de loin, de la mer et du ciel ; le blanc, celui de la glace et de la neige ; le rouge, celui du feu des volcans.
Ce sens n’est pas une interprétation après coup : il vient de l’auteur du dessin, Matthías Þórðarson, futur directeur du Musée national d’Islande, qui le présente le 27 septembre 1906 à l’Association des étudiants de Reykjavik.
Pendant longtemps, pourtant, personne n’a précisé quelle nuance de bleu ou de rouge employer, et les drapeaux variaient d’un fabricant à l’autre. Il a fallu attendre 1991 pour que les couleurs soient fixées par référence à un nuancier textile international, le SCOTDIC.
Comment l’Islande a obtenu son drapeau
Avant la croix, l’Islande avait un poisson. La morue séchée, richesse de l’île, figure sur ses armoiries dès 1593, et un aventurier danois, Jørgen Jørgensen, lui donne en 1809 un éphémère drapeau à trois morues blanches sur fond bleu. Au XIXe siècle, on lui préfère un faucon blanc sur fond bleu.
Le 13 mars 1897, le poète Einar Benediktsson propose une croix blanche sur fond bleu, aux couleurs qu’il juge nationales. Ce drapeau, le « bleu et blanc », devient très populaire après un incident de 1913 : dans le port de Reykjavik, un navire de guerre danois confisque celui d’un bateau engagé dans une course d’aviron. L’affaire enflamme le pays.
Pourquoi n’est-il pas devenu le drapeau national ? Le roi Christian X le refuse, parce qu’il ressemble trop au drapeau grec. Le directeur de l’école de navigation de Reykjavik ajoute un autre défaut : par mauvaise visibilité, en mer, on pourrait le confondre avec le drapeau suédois, une croix jaune sur fond bleu. C’est donc le dessin de Matthías Þórðarson, avec sa croix rouge, qui l’emporte.
| Date | Étape |
|---|---|
| 13 mars 1897 | Einar Benediktsson propose la croix blanche sur fond bleu |
| 27 septembre 1906 | Matthías Þórðarson présente la croix blanche et rouge |
| 1913 | Un drapeau bleu et blanc confisqué dans le port de Reykjavik |
| 19 juin 1915 | Décret royal : le drapeau actuel devient celui de l’Islande, sur terre et dans ses eaux |
| 1er décembre 1918 | L’Islande devient un royaume uni au Danemark ; le drapeau flotte en mer |
| 17 juin 1944 | République proclamée à Þingvellir, loi n° 34 sur le drapeau |
| 1991 | Couleurs officielles et heures de lever fixées |
Le 17 juin 1944, la république est proclamée à Þingvellir, la plaine où siégeait l’ancien parlement islandais. Le drapeau y flotte toujours, au Lögberg, le « rocher de la loi », que montre la photo en tête de cette page.
Le drapeau peint à Calicut vers 1740
L’histoire a un épilogue inattendu. Au musée maritime de Stockholm, une vue du port de Calicut, en Inde, tirée du livre d’un capitaine de la Compagnie suédoise des Indes orientales vers 1740-1750, montre deux drapeaux. L’un est danois. L’autre a exactement la forme et les couleurs du drapeau islandais, plus de 150 ans avant son invention.
Le directeur des garde-côtes islandais, Pétur Sigurðsson, l’a repéré en 1957. Il s’agissait peut-être du pavillon d’une compagnie de commerce ; rien n’indique que Matthías Þórðarson l’ait connu.
Des règles que peu de pays imposent
En Islande, le drapeau ne se manie pas comme un simple tissu. La loi de 1944 et ses textes d’application posent des règles que peu de visiteurs soupçonnent :
- on ne le hisse pas avant 7 h du matin, et il descend de préférence au coucher du soleil, jamais après minuit ;
- un drapeau délavé ou usé au point de changer de couleur ou de proportions peut être saisi par la police ;
- des modèles de référence des bonnes couleurs et proportions sont tenus chez tous les commissaires de police ;
- depuis 2016, il peut figurer sur un produit seulement si ce produit est islandais, et jamais dans un logo d’entreprise ;
- lui manquer de respect, en paroles ou en actes, est puni d’une amende ou d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an.
L’État, lui, a son propre pavillon : le même drapeau, mais à queue d’hirondelle, découpé en pointe côté vent. Il flotte sur les ministères, les ambassades et les navires des garde-côtes.
Islande, Norvège, Féroé : ne plus les confondre
Le drapeau islandais appartient à la famille des croix nordiques, toutes dérivées du drapeau du Danemark : une croix dont le bras vertical est décalé vers la hampe. Le plus proche est celui de la Norvège, qui emploie exactement les mêmes couleurs, inversées : fond rouge, croix bleue bordée de blanc.

Les îles Féroé, dans l’Atlantique Nord, inversent encore autrement : fond blanc, croix rouge bordée de bleu. La Suède et la Finlande, elles, n’ont que deux couleurs.
Reconnaître le drapeau islandais d’un coup d’œil
Regardez d’abord le fond : bleu, c’est l’Islande ; rouge, c’est la Norvège ou le Danemark ; blanc, les Féroé ou la Finlande. Puis comptez les croix : une croix rouge cernée de blanc sur fond bleu ne laisse aucun doute. Et si on vous le vend en 90 × 150 cm, sachez qu’il lui manque un peu de hauteur.
Sources
- Loi n° 34/1944 du 17 juin 1944 sur le drapeau national des Islandais et les armoiries, traduction officielle anglaise, ministère des Finances islandais
- Cabinet du Premier ministre islandais, « Saga fánans » (histoire du drapeau)
- Wikipédia, notices « Drapeau de l’Islande », « Þingvellir », « Drapeau de la Norvège » et « Drapeau des îles Féroé »
- Schéma des proportions et planche des croix nordiques : Geogir, d’après les fichiers SVG de Wikimedia Commons, domaine public
- Photo de couverture : le drapeau islandais au Lögberg, à Þingvellir, Gerd Eichmann, 2018, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

