Ce qu’il faut retenir
La faune de Bretagne doit beaucoup à la mer : l’archipel des Sept-Îles abrite la seule colonie française de fous de Bassan, 14 000 couples en 2025, la dernière colonie de macareux moines de métropole et la majorité des naissances de phoques gris du pays. À terre, le bilan est plus sombre : 16 espèces d’oiseaux nicheurs ont disparu de la région.
Voici les milieux qui font cette faune, les espèces phares comptées par ceux qui les suivent, ce que disent les listes rouges régionales, et comment observer ou aider un animal sans lui nuire.
Une faune façonnée par la mer et le bocage
La Bretagne est une péninsule, bordée par la mer sur trois côtés. Ses falaises, ses îlots et ses estrans accueillent des oiseaux marins qu’on ne voit presque nulle part ailleurs en France. À l’intérieur, le bocage, les landes, les tourbières et les zones humides abritent une faune plus discrète : chauves-souris, salamandres, blaireaux, renards.
Cette faune est l’une des mieux suivies du pays. Les oiseaux nicheurs bretons ont fait l’objet de trois atlas entre 1970 et 2008, et un quatrième est en cours. Ce travail de terrain, mené par des milliers d’observateurs bénévoles et salariés, permet de dire quelles espèces progressent et lesquelles reculent.
Les Sept-Îles, refuge des oiseaux marins
Au large de Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor, l’archipel des Sept-Îles est la première réserve naturelle créée en France, il y a plus d’un siècle. Sa gestion est confiée à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux.
En juillet 2023, la réserve est passée de 280 ha à 19 700 ha : elle s’étend désormais sur la mer, jusqu’à l’île Tomé et au plateau des Triagoz.

Le fou de Bassan, 14 000 couples sur un seul îlot
L’îlot de Rouzic accueille la seule colonie de fous de Bassan de France. Au printemps, ces grands oiseaux blancs à la tête jaune couvrent ses pentes au point qu’on les croirait enneigées. Après avoir grandi pendant tout le XXe siècle, la colonie s’est stabilisée de 2010 à 2020.
Puis la grippe aviaire de 2022 l’a fait tomber à 11 500 couples. Depuis, la tendance est repartie à la hausse : le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel estime la colonie à 14 000 couples en 2025. Un suivi des maladies a été mis en place avec le CNRS.
Un autre danger guette les nids. Les fous de Bassan les tapissent d’algues, mais ramassent aussi en mer des bouts de filets et de plastique. Pris dans ces déchets, des oiseaux meurent étranglés chaque année, et les équipes de la réserve nettoient l’îlot en hiver, quand la colonie est partie.
Le macareux moine et le phoque gris
Les Sept-Îles abritent aussi la dernière colonie de macareux moines de France métropolitaine, ce petit oiseau au bec orange rayé. Ses effectifs sont jugés stables. Le fulmar boréal et le cormoran huppé, eux, diminuent.
Sous les falaises, les phoques gris sont de plus en plus nombreux. Selon le bilan publié en 2025, la réserve compte près de 70 % des naissances de phoques gris de France métropolitaine, de l’ordre de 90 petits par an, et leur fréquentation a presque doublé sur la durée du dernier plan de gestion.
Ce que disent les listes rouges
Une liste rouge classe chaque espèce selon son risque de disparaître dans la région, de « préoccupation mineure » à « disparue ». Celle des oiseaux nicheurs de Bretagne, actualisée en 2021 par Bretagne Vivante et l’Observatoire régional de l’avifaune, montre une situation qui s’aggrave.

Sur 178 espèces évaluées, 76 sont menacées ou quasi menacées, contre 69 en 2015. Et 16 ne nichent plus du tout en Bretagne. Quelques noms parlent d’eux-mêmes :
- disparus de la région : le pic cendré, la bécassine des marais, le tarier des prés ;
- en danger critique : le courlis cendré, qui ne subsiste que dans les monts d’Arrée, la sterne de Dougall, la mouette rieuse ;
- vulnérables : le moineau domestique, le goéland argenté et le gravelot à collier interrompu, l’oiseau des plages bretonnes.
Les mammifères suivent la même pente. La liste rouge des mammifères terrestres, révisée et validée en 2026, compte 9 espèces menacées sur 55 évaluées ; le statut de 11 espèces se dégrade, celui de 5 s’améliore. Les espèces les moins adaptables, celles qui dépendent d’un milieu précis, sont les plus touchées.
Où observer sans déranger
Bretagne Vivante ouvre au public 14 sites et réserves naturelles en Bretagne et en Loire-Atlantique, aménagés pour la balade en autonomie. Un par département pour commencer : les landes du Cragou et du Vergam, dans le Finistère, et leur sentier de 1,2 km ; les grandes landes de Trébédan, dans les Côtes-d’Armor ; l’île de Groix, dans le Morbihan ; l’île de Cézembre, en Ille-et-Vilaine.
Aux Sept-Îles, l’île aux Moines reçoit des visiteurs, sur des cheminements réorganisés pour épargner les oiseaux nicheurs.
Rouzic est une réserve intégrale : personne n’y débarque, en dehors des équipes de la réserve. Les fous de Bassan s’observent du bateau, et les phoques se regardent de loin, sans les approcher ni les faire fuir de leurs rochers.
Chaque observation compte. Le portail Faune-Bretagne, porté par la LPO avec un réseau d’associations, permet à chacun de signaler les oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens, libellules ou papillons qu’il a vus. Ce sont ces données qui nourrissent les atlas et les listes rouges.
Que faire face à un animal sauvage en détresse
Un hérisson blessé, un jeune oiseau tombé du nid, un phoque échoué sur la plage ? Ne le ramassez pas d’instinct. Appelez SOS Faune Sauvage Bretagne, service régional de conseil par téléphone, ouvert 7 jours sur 7 au 02 57 63 13 13 : il conseille sur la conduite à tenir. En période de forte chaleur, la ligne est saturée ; mieux vaut appeler une fois et laisser un message.
Sources
- CSRPN Bretagne, avis n° 2025-111, évaluation du plan de gestion de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, 2025
- CSRPN Bretagne, avis n° 2026-54, révision de la liste rouge régionale des mammifères terrestres, 22 mai 2026
- Bretagne Vivante et Observatoire régional de l’avifaune, liste rouge des oiseaux nicheurs de Bretagne, communiqué d’octobre 2023
- Graphique : Geogir, d’après Bretagne Vivante et l’Observatoire régional de l’avifaune ; photos : fous de Bassan sur l’île Rouzic, JackyM59, 2024, Wikimedia Commons, CC BY 4.0

