Ce qu’il faut retenir
Le satellite européen et américain Sentinel-6B est entré en service le 30 octobre 2026. Il prolonge la série de mesures du niveau des mers commencée en 1992 : plus de 11,5 cm de hausse moyenne, dont 4,0 cm sur la dernière décennie contre 2,8 cm sur la première, selon EUMETSAT.
Ce qui change avec cette mise en service, ce que disent trente ans de mesures, comment un satellite mesure la mer, puis la part de l’océan qu’il ne voit pas.
Ce qui change depuis le 30 octobre
Lancé en novembre 2025 depuis la Californie, Sentinel-6B livre désormais ses données en trois heures environ. EUMETSAT, l’agence européenne des satellites météorologiques qui l’exploite pour le programme Copernicus, en fera bientôt le satellite de référence mondial de l’altimétrie : celui sur lequel on étalonne tous les autres.
Depuis décembre 2025, il vole en tandem avec son jumeau, Sentinel-6 Michael Freilich, à 1 336 km d’altitude et 30 secondes d’écart. Les deux mesurent la même mer au même moment, ce qui permet de caler le nouveau sur l’ancien.
Une fois le relais validé, dans les prochains mois, l’aîné changera d’orbite pour couvrir d’autres portions de l’océan.
Plus de 11,5 cm depuis 1992, et de plus en plus vite
Le niveau moyen des mers a monté de plus de 11,5 cm depuis décembre 1992. La hausse n’est pas régulière : 2,8 cm la première décennie, jusqu’à 4,0 cm la plus récente.
Deux causes se partagent cette hausse. L’eau de fonte des glaciers et des calottes, comme celle du glacier Thwaites en Antarctique, s’ajoute à l’océan. Et l’océan qui se réchauffe se dilate, comme le liquide d’un thermomètre qui grimpe avec la chaleur.
Quelques centimètres comptent : environ 900 millions de personnes vivent dans des zones côtières basses, rappelle l’agence européenne.
Mesurer la mer depuis 1 336 km d’altitude
Comment mesurer la hauteur d’un océan qui bouge sans cesse ? Sentinel-6B porte un altimètre radar, Poseidon-4 : il envoie une impulsion vers la mer et chronomètre son retour. Un radiomètre à micro-ondes l’accompagne à bord.
Le graphique montre l’autre secret de la série : un relais sans trou. TOPEX/Poseidon, Jason-1, Jason-2, Jason-3 puis Sentinel-6 Michael Freilich ont survolé la même trace au sol, en se chevauchant à chaque passage de témoin.
Les mêmes mesures servent à la météo : tempêtes d’hiver sur l’Atlantique, cyclones méditerranéens, et prévisions saisonnières, comme celles qui permettent de comparer les épisodes El Niño de 1997 et de 2026.
Ce que le satellite ne voit pas
L’orbite de Sentinel-6B est inclinée de 66° sur l’équateur. Le satellite ne survole donc pas l’océan au-delà de 66° de latitude, nord ou sud, à peu près la hauteur des cercles polaires.
D’où la formule de l’agence dans son communiqué d’octobre 2026 : jusqu’à 95 % de l’océan libre de glace. Le centre de l’océan Arctique, en particulier, échappe à la série.
La courbe de la NOAA n’est pas corrigée du lent rebond des terres libérées des glaciers de la dernière glaciation, qui modifie la forme du globe. Cette correction ajouterait 0,2 à 0,5 mm par an à la moyenne mondiale.
Suivre les prochaines mesures
Sentinel-6B doit devenir la référence internationale dans les prochains mois, et ses données nourrissent déjà les services de Copernicus. La série doit ainsi se prolonger jusque dans les années 2030 : de quoi vérifier, décennie après décennie, si la mer continue d’accélérer.
Sources
- EUMETSAT, « Sentinel-6B enters operational service to help track rising seas and improve seasonal forecasts », 30 octobre 2026
- ESA, « Sentinel-6 », page de la mission
- NOAA Laboratory for Satellite Altimetry, « Global sea level time series »
- Photo de couverture (lancement de Sentinel-6B depuis Vandenberg, novembre 2025) : NASA/Carla Thomas, Wikimedia Commons, domaine public ; graphique : Geogir, données NOAA Laboratory for Satellite Altimetry, signal annuel retiré
