Ce qu’il faut retenir
L’île Vega, à l’est de la péninsule Antarctique, dessine vue de l’espace un crâne de profil. Sur l’image du satellite Landsat 9 du 10 octobre 2026, publiée par la NASA, la neige manque sur de grandes surfaces après un hiver austral plus chaud que la normale, et son glacier le plus suivi perd en moyenne 0,26 m d’équivalent en eau par an depuis 2000.
Où se trouve l’île et d’où vient ce crâne, pourquoi la glace est à nu ce printemps, puis ce que vingt-cinq ans de mesures disent de son glacier.
Un crâne de glace au bord de la mer de Weddell
L’île Vega se trouve en mer de Weddell, au nord-ouest de l’île James Ross, à l’est de la péninsule Antarctique. Rien à voir avec l’archipel de Vega, en Norvège. Allongée d’est en ouest, elle mesure 32 km sur 15 et culmine à 644 m, à Sandwich Bluff, d’après le premier inventaire de ses glaciers, publié en 1982.
Vue d’en haut, une partie de l’île ressemble à une tête de mort de profil, tournée vers l’île du Diable. Un nunatak, sommet rocheux qui perce la glace, fait l’orbite. Une moraine latérale, bourrelet de débris laissé au flanc d’un glacier, dessine la bouche. Le glacier Bahía del Diablo forme la mâchoire.
Au « front » du crâne, le cap Well-met a vu se retrouver, au printemps 1903, deux groupes de l’expédition antarctique suédoise isolés tout un hiver. Halloween n’a rien inventé.
Pourquoi la glace est-elle à nu en octobre ?
Il suffit de comparer deux images de Landsat 9. Le 22 mars 2025, au début de l’automne austral, la neige recouvre la glace, comme d’habitude pendant le mois le plus humide de la région. Le 10 octobre 2026, au printemps, elle a disparu de grandes surfaces et la glace, plus sombre, apparaît.
L’hiver 2026 en est en partie responsable. Ses températures ont dépassé la normale, surtout en juin, explique le glaciologue Mauri Pelto, du Nichols College, cité par le NASA Earth Observatory. La neige s’est peu accumulée, et le vent comme la sublimation, ce passage direct de la glace à la vapeur, en ont encore emporté une partie.
Pourquoi s’en soucier dès maintenant ? Parce que la glace nue, plus sombre que la neige, absorbe davantage d’énergie solaire. Avec des jours plus longs et plus chauds, la fonte peut donc s’accélérer, indique la NASA.
Un glacier pesé chaque année depuis 1999
Le glacier Bahía del Diablo est suivi de près depuis l’été austral 1998-1999. Ses premières mesures, publiées en 2004 par l’Institut antarctique argentin, lui donnaient 14,3 km² en 2000.
En 2025, le World Glacier Monitoring Service, le service mondial de surveillance des glaciers, lui attribue 12,8 km², pour 7,5 km de long, entre 50 et 630 m d’altitude. Son front a reculé en moyenne de 50 m par an en 2020-2022.
Surtout, il maigrit. De 2000 à 2025, son bilan de masse, la différence entre la neige gagnée et la glace perdue, s’établit à -0,26 m d’équivalent en eau par an en moyenne. Sur vingt-cinq ans, cela fait environ 6,5 m d’eau retirés de toute sa surface.
L’équivalent en eau, c’est l’épaisseur d’eau obtenue en faisant fondre la glace perdue, étalée sur tout le glacier. La glace étant moins dense que l’eau, la couche de glace disparue est un peu plus épaisse.
Il n’est pas seul : l’inventaire de 1982 comptait sur l’île quatre calottes et 29 glaciers, et la NASA voit sur les images des dernières décennies d’autres glaciers reculer et la roche à nu gagner du terrain.
Suivre l’île au fil de l’été austral
L’été austral ne fait que commencer. Une neige de printemps aiderait ces glaciers à court terme, estime Mauri Pelto, qui le dit en image : sous la neige, le crâne se conserve ; exposé à la fonte, sa mâchoire change et son orbite s’élargit. Pour suivre la suite, le WGMS publie chaque année les relevés du glacier Bahía del Diablo.
Sources
- NASA Earth Observatory, « Vega Island Frozen in Fright », 30 octobre 2026
- World Glacier Monitoring Service, fiche du glacier Bahía del Diablo, données 2025
- Rabassa et al., « Glacier Inventory of James Ross and Vega Islands, Antarctic Peninsula », Annals of Glaciology, 1982
- Skvarca, De Angelis et Ermolin, « Mass balance of ‘Glaciar Bahía del Diablo’, Vega Island, Antarctic Peninsula », Annals of Glaciology, 2004
- Photo de couverture : vue sur l’île Vega, Joseph W. Holliday, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 ; image satellite : NASA Earth Observatory, Lauren Dauphin, données Landsat de l’USGS ; carte : Geogir
