Ce qu’il faut retenir
En octobre 2026, les satellites de la NASA montrent un Pacifique équatorial gonflé d’eau chaude jusqu’aux côtes de l’Amérique du Sud, comme en octobre 1997, l’un des plus forts El Niño jamais suivis depuis l’espace. Le 8 octobre, la NOAA donnait plus de 83 % de chances d’un épisode fort à très fort jusqu’en janvier-mars 2027.
Ce que montrent les cartes de 1997, 2015 et 2026, comment un satellite mesure la chaleur d’un océan, les relevés de température de l’épisode El Niño 2026, puis ce que cette ressemblance permet d’attendre, et ce qu’elle ne dit pas.
La même empreinte qu’en 1997
NASA Earth Observatory a publié le 23 octobre deux cartes côte à côte : le Pacifique le 13 octobre 1997, vu par le satellite TOPEX/Poseidon, et le 12 octobre 2026, vu par Sentinel-6 Michael Freilich. Dans les deux cas, la mer est basse à l’ouest et haute à l’est, et une langue d’eau chaude s’étire du centre du Pacifique jusqu’à l’Amérique du Sud.
La différence tient au rythme : l’épisode de 2026 s’est installé bien plus brutalement que celui de 1997-1998. Mais à la mi-octobre, leurs portraits se superposent, ce qui n’était pas le cas de 2015, l’autre géant de la période.
| Épisode | Satellite de la carte | Ce que montre la mer en octobre | Pluies de l’hiver suivant |
|---|---|---|---|
| 1997-1998 | TOPEX/Poseidon | Eau haute et chaude jusqu’à l’Amérique du Sud | Californie et sud des États-Unis |
| 2015-2016 | Jason-2 | Eau chaude restée plus au large | Amérique centrale, sud-est des États-Unis, inondations au Mexique |
| 2026-2027 | Sentinel-6 Michael Freilich | Eau haute et chaude jusqu’à l’Amérique du Sud | Encore inconnues |
Mesurer la chaleur d’un océan depuis l’espace
Comment un satellite voit-il de la chaleur sans thermomètre ? En mesurant la hauteur de la mer. L’eau se dilate en se réchauffant : là où la chaleur s’accumule, la surface monte. Les cartes retirent les variations des saisons et la hausse de long terme pour ne garder que l’anomalie.
Le reste est une affaire de vents. D’habitude, les alizés poussent l’eau chaude vers l’ouest du Pacifique. Quand ils faiblissent, elle reflue vers l’est, ce qui affaiblit encore les vents, et la boucle s’emballe.
Pour Josh Willis, responsable scientifique des missions de niveau de la mer au JPL, l’atout est la durée : 35 ans de mesures par des satellites presque identiques, survolant presque la même trace, chacun prenant le relais du précédent. C’est ce fil continu qui permet de poser 2026 à côté de 1997.
Plus de 4 °C au-dessus de la normale
Dans son bulletin du 8 octobre, le centre de prévision climatique de l’agence américaine de l’océan et de l’atmosphère mesurait un écart à la normale de +2,1 °C dans la région Niño-3.4, la référence pour suivre El Niño.
L’écart grimpait à +3,0 °C dans Niño-3 et à +3,9 °C dans Niño-1+2, la plus proche des côtes de l’Amérique du Sud. Par endroits, l’est du Pacifique dépassait +4 °C.
Les pluies, elles, se sont déplacées vers le centre et l’est du Pacifique, et ont reculé sur l’Indonésie. Ce manque de pluie à l’ouest se lit déjà au sol, en Nouvelle-Guinée, où les feux battent des records sur une île asséchée.
Le bulletin estimait à 83 % la probabilité d’un épisode historique en octobre-décembre, plus fort que tous ceux mesurés depuis 1950.
Une ressemblance n’est pas une prévision
En 1997-1998, l’hiver avait apporté beaucoup de pluie en Californie et dans le sud des États-Unis. Josh Willis pense que les effets pourraient être semblables cette fois, sans le promettre : l’influence d’El Niño traverse une atmosphère chaotique, « il y a toujours une part de coup de dés ». Le prochain bulletin américain est attendu le 12 novembre.
Sources
- NASA Earth Observatory, « El Niño Then and Now », 23 octobre 2026
- NOAA, Climate Prediction Center, « ENSO Diagnostic Discussion », 8 octobre 2026
- NOAA, Climate Prediction Center, Climate Diagnostics Bulletin, définition des régions Niño, octobre 2026
- Image de couverture générée par IA ; carte : Geogir, régions et écarts NOAA, fond Natural Earth
