Ce qu’il faut retenir
L’iceberg A-81, environ 1 340 km² de glace détachés de l’Antarctique en janvier 2023, est arrivé fin octobre 2026 au bord du plateau sous-marin de la Géorgie du Sud, à quelque 2 300 km de son point de départ. Le satellite Terra de la NASA l’a photographié le 20 octobre, en train de ralentir, là où A-23A s’était échoué en 2025.
Où se trouve A-81 et quelle taille il fait, son voyage depuis 2023, pourquoi cette île arrête les icebergs, puis ceux qui le suivent.
À une centaine de kilomètres de l’île, près de 13 fois Paris
Le 22 octobre, le U.S. National Ice Center, le service américain qui suit les grands icebergs de l’Antarctique, plaçait A-81 par 54,9° de latitude sud et 38,33° de longitude ouest : à une centaine de kilomètres de Bird Island, la pointe ouest de la Géorgie du Sud.
Le bloc mesure 52 km sur 46 pour 1 342 km², près de 13 fois la superficie de Paris. À sa naissance, on lui donnait 1 550 km², une mesure prise par un autre organisme : l’écart donne un ordre de grandeur, pas un bilan.
Sur l’image du 20 octobre, en tête de cet article, il apparaît en plaque blanche au sud-ouest de l’île enneigée. Les jours précédents, il avait nettement ralenti et semblait frotter le bord du plateau sous-marin.
Trois ans dans la mer de Weddell, puis la sortie vers le nord
Sur la plate-forme de Brunt, une langue de glace qui flotte au bord de la mer de Weddell, la faille Chasm 1 est restée presque immobile pendant environ 35 ans. Elle s’est rouverte vers 2012, et la glace a cédé en janvier 2023.
L’iceberg a ensuite passé plus de trois ans dans la mer de Weddell, porté le long de la côte par le gyre de Weddell, un grand courant qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. En mai 2026, il doublait la pointe de la péninsule Antarctique, puis remontait par la mer de Scotia.
Environ 2 300 km à vol d’oiseau séparent son point de départ de la Géorgie du Sud, sans compter le détour par la côte.
Pourquoi la Géorgie du Sud arrête-t-elle les icebergs ?
À cause de son socle. Autour de l’île, le fond de l’océan remonte en un plateau peu profond. Un iceberg de cette taille, dont l’essentiel du volume est sous l’eau, y frotte le fond, ralentit, et parfois s’y échoue.
A-68A a heurté ce plateau en décembre 2020, s’est cassé en deux puis désintégré ; sa fonte a versé 152 milliards de tonnes d’eau douce dans l’océan en trois mois. A-23A, alors le plus grand iceberg du monde avec 3 460 km², s’y est échoué début mars 2025, avant de se fragmenter.
Cette eau de fonte peut aussi apporter des nutriments qui nourrissent la vie marine autour de l’île.
Un iceberg n’est pas un morceau de banquise. La banquise est de l’eau de mer gelée. Un iceberg comme A-81 est de la glace de glacier : venue de l’intérieur du continent, elle a coulé jusqu’à la mer, y a flotté en plate-forme, puis s’en est détachée.
A-83 et la plate-forme de Brunt, qui se vide
La plate-forme de Brunt a perdu plusieurs grands icebergs coup sur coup : A-74 en 2021, depuis fragmenté, puis A-83 en 2024. Ce dernier, environ 190 km², suit A-81 vers le nord, à quelque 860 km derrière lui le 22 octobre.
Brunt porte aussi la station Halley du British Antarctic Survey, déplacée vers l’intérieur en 2016 quand la faille s’élargissait. Le vêlage, la rupture d’un bloc au bord d’une plate-forme, fait partie de la vie normale d’une plate-forme. Les scientifiques gardent tout de même Brunt à l’œil.
Suivre la fin du voyage d’A-81
Va-t-il s’échouer comme A-23A, ou contourner l’île ? La NASA ne le dit pas. La réponse viendra des prochaines images : l’Earth Observatory de la NASA publie les plus parlantes, et le U.S. National Ice Center met en ligne la position de chaque grand iceberg antarctique.
Sources
- NASA Earth Observatory, « A-81 Reaches South Georgia », 27 octobre 2026
- U.S. National Ice Center, icebergs antarctiques, 22 octobre 2026
- NASA Earth Observatory, « Iceberg Grinds to a Stop off South Georgia Island », 7 mars 2025
- Couverture : image MODIS du satellite Terra, 20 octobre 2026, NASA, domaine public ; carte : Geogir
