Ce qu’il faut retenir
Une étude parue le 16 octobre 2026 dans Nature Geoscience a confronté 27 modèles de climat à des sédiments de l’Arctique vieux de 5 000 à 7 000 ans. Corrigés, ces modèles donnent une banquise arctique d’hiver plus petite de près d’un million de km² que prévu dans les décennies à venir. Les mois de mars 2025 et 2026 sont déjà les deux plus bas jamais mesurés.
Ce que l’étude corrige, comment des algues fossiles ont servi d’arbitre, les régions concernées, puis comment suivre la banquise cet hiver.
Les modèles voyaient trop de glace en hiver
Les modèles de climat se trompent surtout sur l’hiver, quand la glace de mer couvre le plus de surface : c’est en mars que leurs résultats divergent le plus. Et ils penchent du même côté, celui d’une banquise trop étendue, d’environ 1 million de km².
Ce million représente près de la moitié de ce que la banquise de mars a perdu depuis 1979 : son étendue moyenne est passée de 16,34 à 14,12 millions de km² en mars 2025, le plus bas des relevés du NSIDC, le centre américain de données sur la neige et la glace. Mars 2026 suit, à 14,13.
Une fois corrigées, les projections de l’équipe de Crystal Fu, de l’université de Cambridge, sont plus basses de 4 à 6 % pour la décennie 2090, quel que soit le scénario d’émissions retenu parmi les trois testés.
Comment des algues de 6 000 ans corrigent-elles un modèle de climat ?
En lui faisant passer un examen sur une époque qu’il n’a jamais vue. Il y a environ 6 000 ans, au milieu de l’Holocène, l’orbite de la Terre renforçait l’ensoleillement d’été dans l’hémisphère nord. L’Arctique recevait alors un surplus d’énergie comparable à celui que les gaz à effet de serre devraient lui apporter.
Les traces de cette époque dorment au fond de la mer. Les chercheurs ont réuni 46 carottes de sédiments, prélevées entre 54° et 83° de latitude nord. Ils y ont dosé l’IP25, une molécule fabriquée par les algues qui vivent dans la glace de mer, et l’ont comparée à celles d’algues d’eau libre : le rapport des deux dit si la mer était gelée.
Chacun des 27 modèles a ensuite reçu un poids selon son accord avec ces sédiments et avec les observations de 1950 à 1999. Résultat : la fourchette des projections se resserre de 85 %, et le biais d’hiver disparaît.
Barents, Groenland, Méditerranée : ce que la correction déplace
La correction pèse surtout sur les mers de Barents, du Groenland et du Labrador : la lisière de la glace d’hiver y remonte jusqu’à 5,5 degrés plus au nord que dans les modèles non corrigés.
Et loin du pôle ? Dans le scénario d’émissions les plus fortes, l’étude estime que la neige de fin d’hiver sur le sud-est du Groenland pourrait être sous-estimée de plus de 30 %, et que les pluies d’hiver et de printemps en Méditerranée pourraient être deux fois plus abondantes que prévu en fin de siècle. Les auteurs écrivent eux-mêmes que ces liens restent à vérifier.
Un scénario n’est pas une prévision : c’est une hypothèse sur les émissions futures. L’étude en teste trois, nommés SSP1, SSP2 et SSP5. Le dernier suppose un développement fondé sur les énergies fossiles et donne les émissions les plus fortes des trois.
Suivre la banquise cet hiver
La glace de mer arctique regagne du terrain chaque automne et atteint son maximum à la fin de l’hiver. En 2026, il est tombé le 15 mars, à 14,29 millions de km², à égalité statistique avec 2025 selon la NASA.
Le NSIDC publie l’étendue jour par jour ; de l’autre côté du globe, la banquise antarctique a connu le début d’octobre le plus pauvre en glace jamais mesuré.
Sources
- Fu C. Y., Osman M. B. et Aquino-López M. A., « Palaeoclimate constraints narrow uncertainty in future Arctic winter sea ice projections », Nature Geoscience, 16 octobre 2026
- NSIDC, Sea Ice Index, version 4, étendue mensuelle de mars, données du 27 octobre 2026
- NASA Scientific Visualization Studio, « Arctic Sea Ice Maximum 2026 », 26 mars 2026
- Université de Cambridge, communiqué du 16 octobre 2026
- Couverture : NASA Scientific Visualization Studio, banquise arctique le 15 mars 2026 (données AMSR2 de la JAXA), recadrée ; graphique : Geogir, d’après le NSIDC
