Ce qu’il faut retenir
Un pays doublement enclavé n’est entouré que de pays eux-mêmes sans accès à la mer : il faut franchir au moins deux frontières pour atteindre une côte. Il n’en existe que deux, le Liechtenstein, entre la Suisse et l’Autriche, et l’Ouzbékistan, au cœur de l’Asie centrale. Le premier l’est depuis 1918, le second depuis 1991.
La réponse tient en deux noms. Reste à savoir ce que veut dire exactement « doublement enclavé », depuis quand ces deux pays le sont, et pourquoi le cas de l’Ouzbékistan dépend du statut d’une seule étendue d’eau.
Enclavé, doublement enclavé : la différence
Un pays enclavé, ou sans littoral, n’a aucune côte sur une mer ouverte. Le monde en compte 44, de la Suisse à la Bolivie en passant par le Mali.
Un pays doublement enclavé va plus loin : tous ses voisins sont eux-mêmes enclavés. Depuis son territoire, aucune route vers la mer ne se contente d’une seule frontière : il en faut au moins deux.
Le Liechtenstein, entre la Suisse et l’Autriche
Le Liechtenstein, petite principauté alpine de la vallée du Rhin, ne touche que deux pays : la Suisse à l’ouest et au sud, l’Autriche au nord et à l’est. Ni l’un ni l’autre n’a de côte.
Le pays vit pourtant comme s’il n’avait pas de frontière avec la Suisse. Un traité de 1923 l’a réuni au territoire douanier suisse, avec une frontière ouverte, et le franc suisse y est la monnaie officielle depuis 1924. Les deux voisins ont fêté le centenaire de cette union douanière en 2023.
L’Ouzbékistan, cinq voisins sans mer
En Asie centrale, l’Ouzbékistan partage ses frontières avec cinq pays : le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Afghanistan. Tous sont enclavés.
Le Kazakhstan et le Turkménistan bordent pourtant la mer Caspienne, et l’Ouzbékistan touche lui-même la mer d’Aral, qu’il partage avec le Kazakhstan. Mais ni l’une ni l’autre ne s’ouvre sur l’océan : ce sont de grands lacs salés.
Depuis quand ces deux pays sont dans ce cas
Ce statut n’a rien d’éternel : il dépend des frontières des voisins. Le Liechtenstein le doit à la dissolution de l’Autriche-Hongrie en 1918, qui laisse une Autriche sans accès à la mer.
Il cesse pourtant de l’être entre 1938 et 1945, quand l’Autriche est annexée par l’Allemagne, un pays qui a des côtes. Il le redevient après la Seconde Guerre mondiale, avec le retour de l’indépendance autrichienne.
L’Ouzbékistan le devient en 1991, à la dissolution de l’URSS : tant qu’il en faisait partie, il appartenait à un État qui touchait la mer. Avant eux, d’autres territoires ont connu ce sort, comme le royaume de Wurtemberg ou la ville libre de Francfort entre 1815 et 1866.
| Pays | Voisins, tous enclavés | Doublement enclavé depuis |
|---|---|---|
| Liechtenstein | Suisse, Autriche | 1918, sauf de 1938 à 1945 |
| Ouzbékistan | Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan, Afghanistan | 1991 |
Et si la Caspienne était une mer ?
Le cas de l’Ouzbékistan tient à une condition. Si la Caspienne était une vraie mer, le Kazakhstan et le Turkménistan auraient un littoral, et l’Ouzbékistan ne serait plus doublement enclavé.
Dans les faits, elle fonctionne comme un lac. Elle ne communique avec aucun océan, et les grands navires de haute mer ne peuvent pas y entrer, même par le canal Volga-Don qui la relie à la mer Noire.
La convention signée à Aktaou le 12 août 2018 par les cinq pays riverains la partage entre eux, sans y laisser d’eaux internationales. Ses riverains restent donc comptés parmi les pays enclavés.
Retenir les deux pays doublement enclavés
Deux pays, deux continents : le Liechtenstein en Europe, l’Ouzbékistan en Asie centrale. Le moyen le plus sûr de les retenir : depuis l’un comme depuis l’autre, toute route vers une côte franchit au moins deux frontières.
Sources
- Wikipédia, articles « Pays sans littoral » et « Enclave et exclave »
- Wikipédia, article « Anschluss » ; Wikipedia (en anglais), articles « Landlocked country » et « Convention on the legal status of the Caspian Sea »
- Département fédéral des affaires étrangères (Suisse), relations bilatérales Suisse-Liechtenstein
