Actualité 20/10/2026

Planète : les 40 régions où les humains vident ou remplissent les réserves d’eau douce

3 122 milliards de tonnes perdues, 2 432 gagnées : les satellites GRACE montrent où l’irrigation, les barrages et les cultures changent l’eau douce.

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Planète : les 40 régions où les humains vident ou remplissent les réserves d'eau douce
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Ce qu’il faut retenir

Une étude de la NASA a repéré, grâce aux satellites GRACE, 40 régions où les activités humaines modifient les réserves d’eau douce depuis 2002. Les pertes cumulées y atteignent 3 122 milliards de tonnes, contre 2 432 de gains, et le nord de l’Inde perd à lui seul 32,4 milliards de tonnes par an.

Ce que révèlent les satellites sur les réserves d’eau douce, comment on pèse l’eau depuis l’espace, où elle disparaît et où elle s’accumule.

Ce que les satellites ont mesuré depuis 2002

L’étude, parue le 14 septembre dans la revue PNAS et présentée par la NASA ce 20 octobre, suit d’avril 2002 à novembre 2025 toute l’eau stockée sur les terres : nappes, lacs, rivières, sols et glace.

Les hydrologues ont isolé 40 régions où les variations suivent l’irrigation, les barrages, l’agriculture pluviale ou la déforestation. Les humains pèsent ainsi sur tous les continents hors régions polaires, sauf l’Australie. Et dans ces régions, les tendances étaient jusqu’ici sous-estimées d’un tiers en moyenne.

RégionTendance 2002-2025Cause relevée
Nord de l’Inde−32,4 Gt par anpompage pour irriguer
Central Valley (Californie)−6,8 Gt par anpompage pour irriguer
Sud des High Plains (États-Unis)−5,9 Gt par anpompage pour irriguer
Chihuahua (Mexique)−3,8 Gt par annappes surexploitées
Savane de l’Ouest africain+28,7 Gt par ancultures à la place de la savane
Boguchany (Russie)+3,8 Gt par anremplissage d’un réservoir
Maranhão (Brésil)+3,7 Gt par ansoja à la place des forêts
Karakoum (Turkménistan)+1,2 Gt par anfuites d’un canal

Une gigatonne (Gt), un milliard de tonnes d’eau, c’est un cube d’un kilomètre de côté.

Comment on pèse l’eau depuis l’espace

Comment mesurer une nappe enfouie sans y descendre ? Les missions GRACE et GRACE-FO font voler deux satellites l’un derrière l’autre. Au-dessus d’une zone plus lourde, la gravité tire davantage sur le premier et l’écart entre eux varie. L’eau étant lourde et mobile, ces variations trahissent ses gains et ses pertes.

En cumulant tous les passages, l’équipe distingue des détails d’une centaine de kilomètres, contre 235 à 350 km d’habitude. En échange, elle obtient une tendance sur toute la période, pas un film mois par mois.

Là où l’eau disparaît : le pompage pour irriguer

Le cas le plus lourd est le nord de l’Inde : 32,4 milliards de tonnes perdues chaque année, un peu plus que toute l’eau douce prélevée en France en 2022, environ 30 milliards de m³.

Depuis 2002, le recul des glaciers de l’Himalaya n’en explique que 15 %. Le reste vient du pompage, bien au-delà des estimations récentes, de 15 à 18 milliards de tonnes par an.

En Amérique du Nord, le pompage vide aussi la Central Valley, le sud des High Plains et le Chihuahua, où les sécheresses poussent les agriculteurs vers les nappes. Dans quatre grandes régions du monde, souligne Mary Michael O’Neill, hydrologue de la NASA et autrice principale, une activité humaine pèse plus que n’importe quelle variable climatique.

Là où elle s’accumule, et pourquoi

La plus forte hausse surprend : la savane soudanienne de l’Ouest africain gagne 28,7 milliards de tonnes par an, malgré des pluies sous la moyenne. Le mil y a remplacé une partie de la savane, et l’étude évoque des pratiques traditionnelles du Burkina Faso et du Niger, comme le zaï, qui aident la pluie à s’infiltrer.

Au Brésil, le Maranhão gagne de l’eau là où le soja a remplacé forêts et broussailles. En Russie, le remplissage du réservoir de Boguchany, sur l’Angara, donne la plus forte hausse du nord de l’Asie hors régions polaires.

Reste le Karakoum, au Turkménistan. Un canal y détourne l’eau de l’Amou-Daria pour irriguer en plein désert et, faute de revêtement sur une grande partie de son tracé, en laisse filer dans le sol. Un gain, donc, qui raconte surtout une fuite.

Suivre ces mesures

L’étude est en accès libre et la NASA publie sa carte. Prochaine étape annoncée par l’autrice : suivre ces tendances dans le temps, pour voir comment elles réagissent à une sécheresse ou à une nouvelle politique de l’eau.

Sources

  • O’Neill, Rodell et Loomis, « Spatially refined satellite gravimetry captures human signatures in global terrestrial water storage trends », PNAS, 14 septembre 2026
  • NASA Earth Observatory, « The Human Fingerprint on Earth’s Water Cycle », 20 octobre 2026
  • Ministère de la Transition écologique, « Comment est utilisée l’eau douce en France ? », 2025
  • Carte : Geogir, d’après l’étude, Wikidata et Natural Earth

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