Ce qu’il faut retenir
Entre le golfe du Lion, la Corse et les Baléares, les eaux situées entre 200 et 600 m de profondeur se sont réchauffées d’environ 0,5 °C en dix ans, et celles sous 2 000 m gagnent 0,002 °C par an depuis 2019. Bilan de quinze ans de campagnes MOOSE-GE présenté par le CNRS le 15 octobre 2026 : le brassage d’hiver ne descend plus aussi profond.
Ce que les mesures disent du réchauffement de la Méditerranée en profondeur, le rôle du golfe du Lion, les effets sur l’oxygène et l’acidité, puis la méthode qui a permis de le voir.
La chaleur descend vers le fond
On connaît la Méditerranée qui surchauffe en surface l’été. Les mesures de MOOSE-GE regardent plus bas, et le signal y est tout aussi net.
Entre 200 et 600 m, dans les eaux dites intermédiaires, la température a pris environ 0,5 °C en dix ans sur l’ensemble du bassin nord-occidental. Plus bas, sous 2 000 m, l’eau gagne en moyenne 0,002 °C par an depuis 2019.
Ce n’est pas un accident récent : les eaux profondes de cette partie de la Méditerranée ont pris environ 0,3 °C depuis les années 1950. Et la salinité suit la même pente, l’eau devenant plus salée à mesure qu’elle se réchauffe.
Le golfe du Lion, une pompe qui s’essouffle
Comment la chaleur peut-elle atteindre 2 000 m de fond ? Parce qu’un mécanisme qui renouvelait ces eaux chaque hiver perd de sa force.
Quand le mistral et la tramontane soufflent, ils refroidissent l’eau de surface au large du golfe du Lion. Plus froide, donc plus lourde, elle plonge et aère les couches profondes. Ce brassage s’est affaibli, et la chaleur se transfère peu à peu vers le fond au lieu d’être chassée.
| Hivers | Profondeur atteinte par le brassage |
|---|---|
| 2010 à 2013 | 2 400 à 2 500 m, jusqu’au fond |
| 2015 et 2018 | environ 1 500 m |
| Les autres hivers depuis 2014 | 300 à 500 m en moyenne |
La convection profonde, c’est la plongée en hiver d’une eau de surface refroidie et alourdie. En descendant, elle emporte l’oxygène pris à l’air et renouvelle les couches du fond.
De 2 400 m à 300 ou 500 m : en une décennie, le brassage a perdu l’essentiel de sa profondeur.
Moins d’oxygène, plus d’acidité
Moins brassées, les eaux profondes et intermédiaires se renouvellent moins souvent. Au fond, leur oxygène dissous recule d’environ 1 micromole par kilogramme et par an. Les chercheurs précisent que l’on reste loin de tout seuil critique pour la vie marine, mais jugent la tendance assez nette pour la surveiller de près.
La mer absorbe aussi une part croissante du CO2 émis par les activités humaines. Son carbone dissous a augmenté jusqu’en 2017 avant de se stabiliser, et son pH continue de baisser, de la surface jusqu’au fond : elle s’acidifie.
Dernier signe, plus discret : nitrate et silicate s’accumulent dans les eaux profondes depuis 2010, tandis que le phosphate baisse légèrement. Ce déséquilibre pourrait à terme limiter le phosphore disponible pour les organismes marins.
Quinze étés en mer
Ces chiffres viennent d’un rendez-vous fixe. Chaque été depuis 2010, un navire océanographique part deux à quatre semaines entre la Corse, la Sardaigne, les Baléares et le golfe du Lion, sur 300 000 km², un peu plus de la moitié de la France métropolitaine.
Il s’arrête chaque année sur 60 à 130 stations, où l’équipe mesure température, salinité, oxygène, carbone, nutriments et plancton. C’est cette répétition, au même endroit et avec les mêmes méthodes, qui distingue une vraie tendance du hasard d’une année.
Consulter les mesures en accès libre
L’étude, signée en premier par Laurent Coppola, du Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer, est parue en juillet dans la revue Earth System Science Data, et ses données sont en accès libre. Elles servent déjà à valider des modèles climatiques régionaux. Chaque nouvelle campagne d’été ajoutera un point à la série et dira si le brassage d’hiver retrouve de la profondeur.
Sources
- CNRS Terre & Univers, « Quinze ans à ausculter la Méditerranée : ce que révèlent les campagnes MOOSE-GE », 15 octobre 2026
- Coppola et al., « Decadal ocean observations in the Northwestern Mediterranean: insights from the MOOSE-GE cruises », Earth System Science Data, 22 juillet 2026
- Schéma : Geogir, d’après l’étude
