Ce qu’il faut retenir
Sous le volcan Masaya, au Nicaragua, une équipe de l’université d’État de Pennsylvanie a repéré par satellite deux réservoirs de magma actifs : l’un vers 3 200 m de profondeur, qui se remplit de nouveau depuis mi-2022, l’autre à 200 m à peine sous le cratère Santiago, qui se vide depuis 2018. Les chercheurs ne voient pas de danger immédiat.
Ce que six ans d’images radar révèlent sous le volcan Masaya, comment on mesure quelques centimètres depuis l’espace, et ce que cela change pour ses voisins.
Deux réservoirs qui n’évoluent pas ensemble
L’étude, parue fin juillet dans la revue Geophysical Research Letters et présentée par Penn State le 1er octobre, couvre la période de janvier 2018 à février 2024. Elle décrit un volcan à deux étages.
Au centre de la caldeira, le sol s’est d’abord éloigné du satellite d’environ 3 cm, de 2018 à mi-2022 : le signe d’un affaissement. Puis il est remonté jusqu’en 2024. Pour l’équipe, le réservoir central, vers 3 200 m de profondeur, s’est vidé avant de recevoir du magma neuf venu d’en bas.
Selon le modèle des chercheurs, il a perdu environ 1,3 million de m³, puis en a regagné 450 000. Prenons un bassin olympique de 2 500 m³ pour repère : cela fait quelque 520 bassins vidés, puis 180 remplis.
Pendant ce temps, la zone du cratère Santiago, celui du lac de lave, n’a jamais cessé de descendre, sans suivre le retournement de 2022. D’où un second réservoir, logé à 200 m sous la surface, qui se vide de son côté.
| Réservoir | Profondeur | 2018 à mi-2022 | Mi-2022 à 2024 |
|---|---|---|---|
| Central, au centre de la caldeira | environ 3 200 m | se vide | se remplit |
| Peu profond, sous le cratère Santiago | environ 200 m | se vide | se vide |
Mesurer quelques centimètres depuis l’espace
Comment voir le sol bouger de 3 cm depuis l’orbite ? L’équipe a utilisé le radar du satellite européen Sentinel-1, qui repasse au-dessus du volcan environ tous les 12 jours. En comparant les échos d’un passage à l’autre, la technique appelée interférométrie radar (InSAR) détecte la moindre montée ou descente du terrain.
Le radar a un autre atout : il traverse les nuages, fréquents au-dessus des volcans tropicaux comme le Masaya.
Un volcan habité, sous surveillance
Le Masaya se dresse près de Managua, la capitale du Nicaragua, et environ 2 millions de personnes vivent à moins de 21 km. Sa caldeira est un parc national très visité pour son lac de lave.
Une caldeira est une vaste dépression née de l’effondrement du sol dans une chambre magmatique vidée. Le Masaya en compte plusieurs, emboîtées les unes dans les autres, avec leurs cratères.
Sa dernière grande coulée de lave remonte à 1772. Le danger quotidien vient plutôt de son dégazage permanent, qui produit souvent des concentrations dangereuses de dioxyde de soufre.
Faut-il s’inquiéter de ces deux réservoirs ? Les chercheurs ne voient aucun danger immédiat pour les habitants. L’intérêt de l’étude est ailleurs : connaître le comportement habituel du volcan pour repérer à temps ce qui change, et prévenir la population si besoin.
Suivre l’activité du Masaya
L’équipe plaide pour un suivi des déformations du sol sur le long terme, au Masaya comme sur les autres volcans basaltiques à lac de lave. Avant une visite du parc, les conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères font foi pour la sécurité et les formalités.
Sources
- Johnson, Kim et Wauthier, « Double Trouble: Two Active Magma Reservoirs Identified at Masaya Volcano, Nicaragua, Using Satellite Geodesy », Geophysical Research Letters, juillet 2026
- Penn State, « Double trouble: Two active magma reservoirs indicated at Masaya volcano », 1er octobre 2026
- Graphique : Geogir, schéma d’après l’étude, profondeurs à l’échelle
